Les incorporés de force Mosellans
1941-1945

 

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La victoire avec nos drapeaux.Incorporation de J.L.Vincler dans la Wehrmacht.Au danemark avant le front russe.

Du R.A.D. à la Wehrmacht
Comment devient-on un "
Malgré-Nous", prisonnier en Russie?
Témoignage de Jean-Louis
Vincler    

 

"Comme tous mes camarades de la classe 1926, j'ai été appelé au R.A.D. le 23/11/1943 au camp de Landstuhl-Ramstein et ce jusqu'au 10/04/1944. De retour à Courcelles-Chaussy, j'avais une permission de 10 jours avant d'être incorporé dans la Wehrmacht. Mes parents déposèrent une demande de prolongation de permission pour travaux agricoles. Les 10 jours écoulés, 2 heures avant le départ, j'obtenais l'accord. de ce fait, je n'ai été appelé que le 27 juillet 1944, envoyé sur le front russe comme bon nombre de mes camarades après un séjour de quelques mois au Danemark.

-Le front russe-

-Après quelques jours de combats contre les trouoes soviétiques où l'on sentait déjà la déroute allemande, j'ai été blessé par un obus le 27/01/1945 à Allenstein (actuellement Olsztyn, Pologne). tous les soldats de ma section, pris de panique, se sont sauvés: ils m'ont laissé sur le terrain pour venir me rechercher après un temps d'accalmie...Le lendemain, vers 8 heures du matin, je me retrouve dans le couloir d'un hôpital où un grand nombre de blessés attendaient leur tour. A 17 heures, j'entre enfin en salle d'opération quand tout à coup murmures et chuchotements...et puis plus personne autour de moi. prenant mon mal en patience, j'attendis des heures durant sur le billard...jusqu'à ce que je comprenne que l'équipe médicale avait cru bon de s'enfuir (sans me prévenir) avant l'arrivée imminente des troupes soviétiques. Ce qui explique pourquoi à l'heure actuelle, je conserve encore très précieusement dans ma jambe droite quatre éclats d'obus. Bref, las d'attendre un bistouri, je pars à la recherche d'une chambre avec un lit disponible. La nuit est calme. A l'aube, les combats reprennent de façon intense. Vers 10 heures les troupes soviétiques investissent l'hôpital et c'est le début du cauchemar.

-Durant 10 nuits consécutives les soldats russes vinrent dépouiller les blessés (les montres les intéressaient particulièrement). J'étais au milieu de 1500 blessés, sans ravitaillement aucun, sans installations sanitaires...il fallait jeter par les fenêtres les dizaines et les dizaines de morts quotidiens. Une chance, cela se passait en janvier.

-Les camps de prisonniers-

-Au bout de ces 15 jours, fin du calvaire pour en commencer un autre car cette fois nous allons être pris en charge par les russes en tant que prisonniers. Une marche de cinq jours nous amène dans un camp de rassemblement près de Tilsit (actuellement Sovietsk). au cours de cette épreuve, 4 à 5 tranches de pain par jour , de l'eau, et le gîte dans les écuries de fermes isolées. Un prisonnier tombant d'épuisement était achevé d'un coup de fusil. On ne se retournait même plus.Une fois au camp, un officier supérieur fit passer des interrogatoires au sujet de notre situation militaire. Vu notre jeune âge (19 ans) et notre naïveté, un alsacien de mulhouse et moi-même crûmes bon de faire valoir notre nationalité française en dépit de l'uniforme que nous portions. Mais allez expliquer à un officier russe qu'on est d'origine française, de sentiment français, bref leurs alliés même si l'on sert dans l'armée allemande: impossible.on croyait obtenir un traitement de faveur, on aurait mieux fait de se taire:
-(Le visage cramoisi): "Vous Français!(Coup de poing sur la table) Un vrai Français devait mourir mais pas servir!"a ses yeux, on était de vulgaires traîtres. Sincèrement, on a cru qu'on allait être fusillés! La réponse cinglante de cet officier russe avait un bel avenir devant elle, ultérieurement elle a froissé bon nombre de Malgré-Nous qui se sont heurtés et se heurtent encore à l'incompréhension et/ou à la méconnaissance de leur situation particulière par rapport au reste de la France.
Heureusement pour nous, cet orage se termina par une mise à la porte à coups de bottes dans le derrière.
Donc dans ce camp de rassemblement, nous étions si nombreux qu'on n'avait pas même une place pour se coucher, mais au bout de 4 semaines la place se fit d'elle-même vu le taux de mortalité élevé (malnutrition, dysenterie, faute de ravitaillement et d'eau, les prisonniers absorbaient parfois de la neige souillée).
Ensuite, le 18/03/1945 je fis partie des convois qui emmenèrent des milliers de prisonniers vers Leningrad .Après 7 jours de rail ponctués d'innombrables décès, le 04/04/1945 nous arrivons au camp de
Jöhvi, près de Tallin, anciennement Reval, capitale de l'actuelle Estonie.
Si la neige atteignait encore la hauteur des fenêtres, on se serait cru ...
au paradis: circle01_red_1.gif un puits, donc de l'eau à volonté, circle01_red_2.gif deux soupes et deux rations de pain par jour, circle01_red_3.gif un lit sur planches. Cela dit, la discipline était de fer jusqu'au 8 mai 1945, jour où le chef de camp vint nous annoncer la fin des hostilités. Dans l'espoir d'être libérés plus vite, les prisonniers se regroupèrent spontanément par nationalité (17 au total). Mais il fallut malgré tout attendre le 23 septembre 1945 pour sortir du camp. Après un mois de trajet, j'étaie de retour à Courcelles-Chaussy le 23 octobre 1945.

 

Certificat de sortie du camp de Jöhvi (Estonie)

Itinéraire de retour écrit dans le train

 -Dire que ce genre d'épreuve marque une personne à vie est un lieu commun, c'est pourquoi quelques décennies plus tard, j'ai choisi de retourner sur les lieux avec mon compagnon de misère, celui qui avait fait le même parcours que moi en tant que prisonnier: Gérard Schotter, un alsacien de Offenheim:

Mai 1980: le Danemark
Août 1993: Jöhvi (Tallin, Estonie)
 

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